L’histoire des machines à sous

1895, San Francisco. Un mécanicien d’origine bavaroise assemble trois rouleaux, un
levier et un mécanisme à pièces. Il l’appelle Liberty Bell.
Cent trente ans plus tard, le principe n’a pas bougé.

Les précurseurs
Avant Fey, des appareils à sous existaient déjà : distributeurs, machines à poker
mécaniques à cinq tambours, jeux de bar récompensés en consommations.
Leur limite était mécanique. Une machine à poker à cinq tambours totalise des
milliers de combinaisons — impossible à gérer avec des cames et des ressorts. Le
paiement se faisait donc à la main, par le tenancier.

Charles Fey et la Liberty Bell
L’idée de Charles August Fey tient en une simplification : trois rouleaux au
lieu de cinq, et cinq symboles seulement — fer à cheval, diamant, pique, cœur, et la
cloche de la Liberté.
Le nombre de combinaisons tombe à 125. C’est peu, et c’est décisif : un mécanisme peut
enfin détecter la combinaison gagnante et payer automatiquement.

C’est là que naît la machine à sous. Pas dans les rouleaux, ni dans le levier — dans le paiement automatique. Sans intervention humaine, la machine peut être installée partout, et se multiplier.
La cloche donne son nom à l’appareil et lui vaut trois pièces — le plus gros gain.
En 1905, un exemplaire est dérobé dans un saloon ; il sera copié et diffusé par
des concurrents, ce qui accélère la propagation du modèle.

La prohibition
Le 16 janvier 1920, la prohibition entre en vigueur aux États-Unis — le Maine
avait ouvert la voie dès 1851.
Les bars ferment officiellement, et les machines migrent vers les
speakeasies clandestins. Elles y prospèrent, sous le contrôle des organisations
criminelles qui tiennent ces établissements.

C’est aussi à cette époque qu’apparaît une astuce durable : distribuer des
chewing-gums aux fruits comme lot, pour échapper à la qualification de jeu
d’argent. Les symboles de fruits que l’on voit encore aujourd’hui en descendent
directement.
Les cerises, les citrons et les prunes ne sont pas un choix esthétique : ce sont les parfums des chewing-gums distribués en guise de gain. Le symbole BAR, lui, reprend le logo de la Bell-Fruit Gum Company.

Las Vegas et le Flamingo
Le Nevada légalise les jeux d’argent en 1931. Mais c’est un hôtel-casino qui va
définir le modèle : le Flamingo, ouvert en 1946, porté par Bugsy Siegel.
Son idée concernant les machines à sous est restée : les installer non pas dans un
coin, mais partout — dans les allées, près des tables, dans les zones de passage.
Officiellement pour occuper les compagnes des joueurs de table ; en pratique, pour capter
tous les temps morts.

Siegel est abattu dans sa villa de Beverly Hills le 20 juin 1947. Le modèle du
Strip, lui, ne bougera plus.
Les tournants techniques
| Date | Événement | Ce que ça change |
|---|---|---|
| 1895 | Liberty Bell | Trois rouleaux, paiement automatique |
| Années 1960 | Électromécanique | Moteurs électriques ; le levier ne fait plus que déclencher |
| 1976 | Première vidéo slot | Conçue à Las Vegas ; plus de rouleaux physiques |
| 1978 | Rachat par IGT | La technologie vidéo passe à un acteur majeur |
| Années 1980 | Microprocesseurs | Rouleaux virtuels et jackpots en réseau |
| 1994 | Three Bags Full | Machine australienne : premiers tours gratuits |
| Années 1990 | Internet | Les premières machines en ligne |
La France, tardive
Les machines à sous ont été longtemps interdites en France. Quelques dérogations
locales ont existé jusqu’en 1981, mais sans cadre national.

La légalisation intervient par une loi du 5 mai 1987, qui les autorise dans les
casinos sous licence. Elles y deviennent rapidement la première source de revenus,
devant les jeux de table.
Ce qui n’a pas changé
Trois rouleaux visibles, une ligne centrale, un levier symbolique conservé sur beaucoup
d’appareils alors qu’il ne sert plus à rien.

Le générateur de nombres a remplacé les ressorts,
mais l’expérience reste celle que Fey avait dessinée : on mise, on lance, on regarde.
Questions fréquentes
Qui a inventé la machine à sous ?
Charles August Fey, à San Francisco en 1895, avec la Liberty Bell. Son apport décisif : réduire à trois rouleaux, ce qui rendait le paiement automatique possible.
Pourquoi des fruits sur les rouleaux ?
Pendant la prohibition, les machines distribuaient des chewing-gums aux fruits en guise de lot, pour échapper à la qualification de jeu d’argent. Les symboles en descendent.
D’où vient le symbole BAR ?
Du logo de la Bell-Fruit Gum Company, l’un des fabricants de ces chewing-gums. Il n’a jamais désigné un bar.
Quand la France a-t-elle légalisé les machines à sous ?
Par une loi du 5 mai 1987, qui les autorise dans les casinos sous licence. Quelques dérogations locales avaient existé jusqu’en 1981.
Quand apparaissent les tours gratuits ?
En 1994, sur la machine australienne Three Bags Full. La fonction s’est ensuite généralisée à pratiquement tous les jeux.